Femmes et gouvernance dans l’ESS – retour sur le 4ème wébinaire Femmes&ESS du RIPESS

Cet article est également disponible en: Anglais, Espagnol

Pour la 4eme session de notre cycle de wébinaires Femmes&ESS, nous avons abordé la question de la gouvernance dans L’ESS avec deux militantes et expertes en la matière. Revenons sur les interventions de chacune d’elles.

Les expériences partagées par Jimena Freitas et Hawa Traoré* nous ont permis d’avancer sur la connaissance des réalités, des défis et l’importance de la participation active des femmes à la gouvernance. Nous espérons que le wébinaire et ce résumé pourront vous apporter des pistes d’actions concrètes. Vous pouvez aussi télécharger les deux présentations ici.

Avant de poursuivre, nous vous rappelons que du côté du RIPESS l’idée est à la fois d‘élargir la communauté d’échange de pratiques et de se donner les moyens – notamment avec ces échanges – de faire évoluer nos visions. Vous trouverez plus de renseignements du groupe Femmes&ESS du RIPESS, notamment sur la manière avec laquelle vous pouvez collaborer, sur notre page thématique et des informations d’intérêts sur cette thématique et en plusieurs langues sur notre page Facebook: https://www.facebook.com/femmeseconomiesocialeetsolidaire/. Pour nous contacter: info@ripess.org.

* Elise Pierrette Memong Meno (Cameroun), initialement prévue, a dû s’absenter pour des raisons personnelles.

Jimena Freitas: l’empowerment des femmes et la gouvernance dans l’ESS

Professeur, chercheuse et militante féministe dans de nombreuses organisations (Coordinadora de la Mujer- Réseau d’ONGs, Comité Impulsor de la Agenda Política y Legislativa desde las Mujeres, Plataforma de la Mujer).

Jimena nous a partagé ses réflexions sur la manière dont les femmes subissent de fortes inégalités et par quelles voies l’ESS pourrait favoriser leur empowerment.

Les problématiques inégalitaires sont le fruit d’une culture patriarcale dominante dans la sphère privée, une culture sous-jacente qui se répand au travers du modèle capitaliste, individualiste par nature.

Les études sont connues, alarmantes et pourtant peu considérées. Pour ne citer que quelques exemples: dans le monde entier, les femmes ont un salaire en moyenne entre 60 et 75% inférieur à celui des hommes; les tâches domestiques demandent entre 1 et 3 heures de travail en plus pour les femmes par rapport aux hommes; Les emplois des femmes sont généralement plus vulnérables, à bas salaire ou sous valorisés.

Dans ce contexte, L’ESS représente une alternative à même de rééquilibrer ces inégalités, en démontrant qu’un autre modèle économique est possible. Cependant l’ESS ne résout pas automatiquement le défi des inégalités de genre.

Pour cela, son approche doit inclure de manière intégrale la perspective de genre, afin de concrètement identifier et mettre en valeur les leviers, notamment sur la redistribution des tâches domestiques et éducatives.

On retrouve notamment cette problématique dans l’ESS en Amérique latine, où beaucoup d’initiatives ont tendances à se perdre dans leur orientations stratégiques de genre et s’éloignent de leur objectif final: L’empowerment des femmes.

L’empowerment des femmes dans l’ESS

 

L’empowerment des femmes dans l’ESS doit passer par une redéfinition du leadership et de la gouvernance.

On sait bien que la propriété et les instances de décision sont bien souvent aux mains des hommes. Cependant, il ne s’agit pas de reproduire un leadership dominant, fondé sur la hiérarchie mais bien de créer des espaces plus participatifs, transparents et communautaires, où le leadership avant tout se construit collectivement, avec des objectifs inclusifs. Il faut arrêter de croire que certaines personnes sont naturellement « prédéfinies » pour être leaders. Quant aux hommes, il s’agit par la même de redéfinir le terme de masculinité, en retirant ses attributs dominants.

Cette nouvelle approche ouvre la voie à une gouvernance partagée, où le pouvoir et la participation de chacun est redistribué. Les responsabilités restent diverses mais les relations deviennent égalitaires.

C’est cette nouvelle voie que nous devons promouvoir dans nos organisations et au sein même des réseaux de l’ESS.

C’est de ce cette manière que l’ESS pourra pleinement répondre à son objectif de favoriser l’empowerment des femmes, redéfinir les règles sociales de genre dans nos sociétés et contribuer à créer des relations égalitaires tant dans la sphère publique que privée.

Hawa traoré: défis et contraintes des femmes dans l’ESS au Mali.

Directrice exécutive de l’ONG APROFEM (association pour la promotion de la femme et de l’enfant au Mali); Co responsable Pôle genre et développement social du réseau national pour la promotion de l’économie sociale et solidaire au Mali RENAPESS.

Au Mali, comme ailleurs, l’économie sociale et solidaire existe, elle s’est imposée à la fois comme stratégie de survie et comme choix de redéploiement du développement à l’initiative d’acteurs aspirant à davantage d’équité dans le partage du pouvoir et de la richesse créée. Il existe un foisonnement d’initiatives coopératives, mutualistes et associatives dans le sillage de mouvements paysans, de mouvements du secteur informel et de développement communautaire. Et ces initiatives ne concernent pas seulement des activités sociales, mais également des activités marchandes, servant de creuset pour la construction d’un nouveau projet de société.

Les femmes y sont largement majoritaires puisque bien que représentant environ 51% de la population, les maliennes occupent 84,7% du secteur informel, sur lequel repose une grande part de l’économie nationale, via des secteurs comme le commerce, l’artisanat ou la transformation agroalimentaire.

L’ESS, de part ses valeurs plaçant l’intérêt collectif en son centre, conduit à de nouvelles règles de gouvernance, de nouveaux rapport au pouvoir et à l’argent. L’implication des parties prenantes est renforcée grâce à une gouvernance plus démocratique, tout comme les exigences de genre, de travail et de salaires décents, d’utilisation des excédents, de réinvestissements de capitaux et de formation des travailleurs.

Dans ce cadre, la participation des femmes à la gouvernance des entités d’ESS représente des enjeux majeurs. Tout d’abord, de par l’opportunité donnée aux femmes d’être présentes aux instances de prise de décision, et de travailler à influencer la définition, l’élaboration et la mise en œuvre de politiques économiques, sociales et culturelles qui répondent aux aspirations des acteurs de l’ESS, dans une dynamique de développement local.

Puis, et là se trouve bien l’objectif final, il s’agit de favoriser la prise en compte des spécificités féminines et de l’émancipation des femmes, principalement au travers des politiques publiques. Plusieurs enjeux sont à noter, notamment l’accès :

  • au crédit et à des subventions d’investissement
  • au marché
  • à la formation
  • à la terre (propriété)
  • à la sécurité sociale

Au Mali la création et l’animation d’un pôle genre et développement social au sein du conseil d’administration du RENAPESS a permis de mettre en place le CAFESS (Cercle d’Actions des Femmes en ESS). Il permet en autre de:

  • Renforcer les actions du RÉNAPESS en matière de plaidoyer pour l’accès des femmes aux opportunités économiques et à leurs droits;
  • Contribuer à accroître la connaissance des femmes concernant leurs droits et devoirs en matière d’entreprenariat, à travers la connaissance des lois;
  • Contribuer à l’amélioration des revenus des femmes pour favoriser leur émergence économique au Mali.

 

Ce travail s’inscrit plus globalement dans la vision du RENAPESS d’impulser une dynamique de partenariat entre les acteurs de l’économie sociale solidaire, tant au niveau national qu’au niveau sous régional et international, et parvenir à influencer la définition, l’élaboration et la mise en œuvre des politiques économiques, sociales et culturelles nationales.

Ripess
RIPESS is a worldwide network of continental networks promoting the Social Solidarity Economy, in order to transform our economy by putting people and the planet at the center of our activities.