Du 21 au 28 février 2026, Carthagène des Indes a été le théâtre d’un processus international clé pour le présent et l’avenir des économies pour la vie, la justice agraire et la souveraineté alimentaire. La délégation du RIPESS a participé activement à ECOOVIDA 2026, au Forum des peuples et des mouvements sociaux et à l’ICARRD+20, en apportant des propositions concrètes issues de l’économie sociale et solidaire (ESS).

La présence du RIPESS a réaffirmé qu’il ne peut y avoir de réforme agraire ni de développement rural durable sans économies territoriales démocratiques, associatives et solidaires.


ECOOVIDA 2026: du dialogue à un agenda mondial

ECOOVIDA 2026 – Solidarité pour semer la vie a réuni à Carthagène des organisations sociales, des plateformes, des coopératives et des gouvernements afin de consolider un agenda commun face à la pauvreté, aux inégalités et à la crise climatique.

La rencontre s’est terminée par une déclaration collective qui ratifie le Pacte international des économies pour la vie et appelle à reconnaître et à renforcer l’économie sociale, solidaire, populaire et communautaire comme axe transversal de la réforme agraire et du développement rural.

Parmi les priorités mises en avant, on trouve :

  • La justice sociale comme horizon de transformation.
  • Le renforcement des formes associatives, coopératives et communautaires.
  • La souveraineté alimentaire comme pilier du droit à l’alimentation.
  • La défense de l’eau et des biens communs.

Lors du panel inaugural, Sandra Moreno, secrétaire exécutive du RIPESS, a présenté une feuille de route claire pour la transformation du modèle économique : gouvernance démocratique, rétention de la valeur dans les territoires, démocratisation du travail et renforcement de la protection sociale. Elle a souligné que les économies solidaires ne visent pas seulement l’inclusion dans les marchés existants, mais aussi la reconfiguration des relations productives.

La délégation du RIPESS a participé de manière large et diversifiée à ECOOVIDA 2026 et aux espaces connexes à Carthagène des Indes, en articulant les voix de l’Amérique latine, de l’Europe et des réseaux territoriaux. Le 21 février, Mario Flores (REMEC) a participé à l’ouverture et à l’installation officielle d’ECOOVIDA, Sandra Moreno (secrétaire exécutive, RIPESS) est intervenue dans le panel « De l’assistanat à la garantie des droits sociaux », tandis que Wagner Suazo, du Réseau des économies sociales et solidaires du Costa Rica, a participé au Forum sur l’inclusion productive. Le 22 février, Valeska Sarmiento (co-coordinatrice intercontinentale) a présenté un exposé sur la promotion des économies populaires et solidaires comme moteur du changement territorial. Celina Valadez et Rosa María Benítez (Coopérativisme), Sebastián Garaviño (Impact territorial de l’ESS), Gustavo Wansidler (Éducation populaire) et Isabel Pascual (responsable de la communication et des projets, RIPESS) sont intervenus dans les forums simultanés. Le 23 février, Ana María Condori Fernández, du Mouvement pour l’économie sociale et solidaire et le commerce équitable, a participé au panel « De l’aide à la souveraineté alimentaire », tandis que Mario Flores a abordé la production et la distribution agroécologiques et Raúl Luna la consommation propre.

Plus d’informations sur l’agenda et la participation de la délégation du RIPESS.


RIFESS  : articulation politique entre gouvernements et organisations

Le 22 février, dans le cadre d’ECOOVIDA 2026 à Carthagène des Indes, s’est tenue la session du Réseau ibéro-américain de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIFESS), espace de dialogue politique entre les gouvernements et les organisations des économies pour la vie. Des délégations gouvernementales de Colombie, d’Espagne et du Paraguay ont participé en personne, ainsi que des représentants virtuels de plusieurs pays de la région, sans oublier une large présence de réseaux et de mouvements territoriaux.

La session a permis de définir les priorités pour 2026 et de progresser vers une déclaration conjointe RIFESS-Organisations, réaffirmant le rôle stratégique de l’économie sociale et solidaire dans la transformation du monde rural, le renforcement des circuits territoriaux et la garantie progressive du droit humain à l’alimentation, au-delà des approches assistancialistes ou purement productives.

La déclaration du RIFESS réaffirme le rôle stratégique de l’économie sociale et solidaire dans la construction de modèles inclusifs, durables et socialement justes, et propose d’avancer dans des actions concrètes à travers :

  • L’éducation populaire pour la transformation du monde rural.
  • La promotion de l’associativité et des réseaux territoriaux pour des systèmes alimentaires justes.
  • La communication solidaire comme outil d’influence régionale.

Forum des peuples : La TERRE N’est pas une Marchandise. C’est la VIE

Les 23 et 24 février, le Forum des peuples et des mouvements sociaux a réuni à Carthagène des Indes des délégations de plus de 70 pays. Organisé par le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (CIP), avec la participation de réseaux tels que La Vía Campesina et RIPESS, représenté par Dražen Šimleša (RIPESS Europe), le Forum s’est imposé comme un espace autonome de coordination politique avant la conférence officielle.

Dans cet espace, les causes structurelles des crises agricoles, alimentaires et climatiques ont été dénoncées : la concentration croissante de la terre, de l’eau et des biens naturels entre les mains des entreprises et des financiers, la progression de la spoliation et l’aggravation de l’effondrement écologique qui touche les paysans, les peuples autochtones et les communautés rurales.

Face à cette situation, le CIP a présenté un document de position à l’ICARRD+20 avec un message fort : vingt ans après la première conférence, les engagements volontaires ne suffisent pas. Une réforme agraire redistributive, contraignante et transformatrice, fondée sur la souveraineté alimentaire, les droits collectifs et la justice sociale, est nécessaire.


ICARRD+20 : l’ESS à l’ordre du jour mondial de la réforme agraire

La FAO a apporté son soutien technique à la Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (ICARRD+20), organisée par le gouvernement colombien, qui a réuni plus de 100 pays.

Le RIPESS a participé au panel « Économies pour la vie : alliances mondiales pour l’inclusion productive et la justice agraire », au cours duquel il a présenté le processus ECOOVIDA 2026, qui démontre que la co-création entre l’État et les organisations sociales peut générer des propositions concrètes en matière d’agroécologie, de marchés équitables et de souveraineté alimentaire.

La déclaration finale de l’ICARRD+20 intègre des références explicites à l’économie sociale et solidaire dans le cadre des politiques de développement rural, notamment :

  • Des programmes publics et participatifs pour la production et la transformation agroécologiques.
  • Des marchés territoriaux basés sur l’économie sociale et solidaire.
  • Des infrastructures de transformation et de distribution contrôlées par les communautés.
  • Des mécanismes de prix équitables et des achats publics donnant la priorité aux petits producteurs.

En outre, à l’occasion de l’ICARRD+20, Mauricio Rodríguez, directeur de la prospérité sociale du gouvernement colombien, et Sandra Moreno, secrétaire exécutive du RIPESS, ont lu la déclaration d’ECOOVIDA 2026 devant Paulo Texeira, ministre brésilien de l’agriculture, Máximo Torero, économiste en chef de la FAO, Rocío Medina-Bolívar, directrice régionale pour l’Amérique latine et les Caraïbes du FIDA, et d’autres leaders de mouvements sociaux.

In addition, on the occasion of ICARRD+20, Mauricio Rodríguez, Director of Social Prosperity of the Colombian government, and Sandra Moreno, Executive Secretary of RIPESS, read the ECOOVIDA 2026 declaration in front of Paulo Texeira, Minister of Agriculture of Brazil, Máximo Torero, chief economist of the FAO, Rocío Medina-Bolívar, regional director for Latin America and the Caribbean of IFAD, and other leaders of social movements.

L’intervention du RIPESS dans cet espace a renforcé la nécessité pour l’ESS d’être reconnue sur le plan juridique, financier et statistique, et d’être intégrée comme une composante structurelle des politiques rurales.


La Colombie et le RIPESS signent un accord de coopération internationale

Dans le cadre de l’ICARRD+20, un accord de coopération internationale a été officiellement signé le 28 février 2026 au Centre des congrès de Carthagène des Indes entre le Département administratif pour la prospérité sociale du gouvernement colombien et le RIPESS.

L’accord, signé par Álvaro Mauricio Rodríguez Amaya au nom du gouvernement colombien et Sandra Moreno Cadena au nom du RIPESS, vise à renforcer l’économie populaire, sociale et solidaire (EPSS) par la gestion et la circulation des connaissances, le dialogue des savoirs, l’échange d’expériences entre les acteurs nationaux et internationaux et la production d’informations utiles à la conception et au renforcement des politiques publiques.

De même, l’accord prévoit la coordination institutionnelle, l’influence dans les espaces de gouvernance et l’accompagnement des processus organisationnels sociaux, communautaires et populaires. L’accord repose sur la reconnaissance du potentiel associatif du pays et sur la nécessité de promouvoir l’économie populaire, sociale, solidaire et communautaire comme un axe stratégique sur les scènes nationales et internationales.

Avec cette signature, le gouvernement colombien et le RIPESS renforcent leur engagement en faveur de modèles économiques axés sur la justice sociale, la durabilité et la gouvernance démocratique, consolidant ainsi une avancée concrète vers des territoires plus équitables et plus résilients.


Terre, économie et souveraineté : un récit commun

Ne manquez pas les vidéos réalisées pendant le processus :

Isa Álvarez (Urgenci – RIPESS Intercontinental) a souligné que la réforme agraire est, en fin de compte, une question d’accès à la terre et, par conséquent, de droit à l’alimentation et de souveraineté alimentaire.

Pour sa part, Gustavo Wansidler (RIPESS LAC) a rappelé que l’économie populaire, sociale et solidaire constitue le fondement réel de nos sociétés, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes, et que c’est à partir de cette économie territoriale que se construisent des réponses concrètes face aux inégalités.

Ces deux interventions reflètent une même conviction : sans économie populaire, il n’y a pas de souveraineté, et sans accès à la terre, il n’y a pas de vie digne.


Une délégation, plusieurs territoires, un programme commun

La participation du RIPESS à Carthagène n’était pas purement symbolique. Il s’agissait d’une intervention politique articulée, avec une présence dans des panels stratégiques, des forums simultanés, des espaces d’articulation intergouvernementale et à la conférence internationale.

Le processus de Carthagène laisse un message clair :

l’économie sociale et solidaire est un acteur indispensable pour transformer le modèle économique, démocratiser l’accès à la terre, renforcer des systèmes alimentaires équitables et garantir les droits sociaux.

Depuis Carthagène, le RIPESS réaffirme son engagement en faveur d’un agenda mondial qui place la vie au centre et qui avance vers une réforme agraire avec justice sociale, souveraineté alimentaire et défense des biens communs.