
Article du Dr Tamara Stenn.
*Article original publié, en anglais, sur le site web du Sustainability Lens Game.
Au cœur du Sustainable Lens Game (Jeu de la perspective durable) se trouve une idée simple mais puissante : lorsque nous apprenons à voir le monde différemment, nous commençons à agir différemment. Nous prenons conscience de relations, de systèmes, de valeurs et de conséquences qui restent trop souvent invisibles dans la pensée entrepreneuriale conventionnelle. Peu de personnes incarnent cette façon de voir les choses avec plus de profondeur que Yvon Poirier, expert de longue date en économie sociale et solidaire et conseiller spécial en matière de plaidoyer politique auprès de RIPESS, dont le siège se trouve à Québec, au Canada.
Yvon Poirier promeut depuis des années l’idée que la vie économique doit s’organiser non seulement dans un but lucratif, mais aussi au bénéfice des personnes, des communautés et de la planète. Son travail nous rappelle qu’une autre économie est non seulement possible, mais qu’elle est déjà présente dans les pratiques des entreprises sociales, des coopératives, des organisations à but non lucratif et des initiatives solidaires du monde entier. Sa voix est depuis longtemps synonyme de sagesse, de réalisme et d’espoir dans les débats sur la durabilité et la justice économique.
Ami et collègue respecté, Yvon Poirier a consacré sa vie à promouvoir l’économie sociale et solidaire au Québec et dans le monde entier, en défendant des alternatives d’avenir centrées sur la communauté, durables et porteuses d’espoir.
Pour la Dre Tamara Stenn, Yvon n’est pas seulement un collègue respecté, mais aussi un ami personnel. Au fil des ans, ils se sont rendu visite au Québec et ont eu des échanges significatifs sur les questions d’économie solidaire, de développement durable et de la nécessité urgente d’adopter des approches entrepreneuriales plus humaines et axées sur un objectif. Ces relations comptent. Elles nous rappellent que le mouvement pour le changement se construit non seulement à travers des idées et des institutions, mais aussi à travers l’amitié, la confiance et un engagement partagé.
La critique d’Yvon sur The Profitable Good capture parfaitement l’esprit qui anime également le Sustainable Lens Game. Il écrit :
« Avec son livre The Profitable Good, le Dr Stenn offre d’excellentes connaissances et des outils à ceux qui souhaitent se consacrer aux entreprises sociales plutôt qu’aux entreprises traditionnelles axées sur le profit. »
Cette affirmation est particulièrement significative car elle vient de quelqu’un qui a consacré une grande partie de sa vie à construire et à soutenir des alternatives aux systèmes économiques extractifs. Yvon n’idéalise pas les défis auxquels nous sommes confrontés. En effet, sa critique les aborde de front. Elle souligne la dure réalité selon laquelle les Objectifs de développement durable des Nations unies s’éloignent de leur trajectoire, que le changement climatique continue de s’aggraver et que le monde avance trop lentement face à des crises urgentes.
Et pourtant, malgré ce réalisme, le message d’Yvon n’est pas un message de désespoir. C’est un message de détermination.
Il insiste sur le fait que toutes les entreprises, nouvelles et anciennes, doivent adopter des approches qui placent le développement durable au cœur de leurs activités. Il reconnaît que les entreprises sociales, les coopératives, les organisations de l’économie sociale et les entreprises à but non lucratif sont essentielles pour construire une économie plus consciente et axée sur un objectif. Tout aussi important, il nous rappelle que les gouvernements doivent contribuer à créer un environnement propice, car sans réglementations équitables et sans leadership public, ceux qui se livrent au « greenwashing » et au « social washing » bénéficient souvent d’un avantage déloyal.
Ce qui rend la perspective d’Yvon si puissante, c’est qu’elle renferme à la fois vérité et espoir. Elle reconnaît la gravité de la situation, mais refuse de sombrer dans le désespoir. Dans l’un des passages les plus émouvants de sa critique, elle écrit :
« Même si la situation peut conduire au pessimisme, nous devons rejeter l’idée que la situation est désespérée. C’est ce qu’ils veulent nous faire croire. Au contraire, il y a des raisons d’espérer. »
C’est exactement la perspective que Sustainable Lens Game cherche à cultiver. En effet, il invite les joueurs à aller au-delà de la prise de conscience passive et à s’engager dans une réflexion critique, créative et engagée. Il nous met au défi de poser de meilleures questions : qui en profite ? Qui est exclu ? Quelles sont les conséquences à long terme ? À quoi ressemblerait une solution plus juste et régénératrice ? Ce faisant, il aide les participants à mettre en pratique l’état d’esprit que Yvon défend depuis des décennies.
Son message final mérite d’être relayé :
« Les gens veulent et ont besoin d’une situation meilleure pour eux-mêmes, pour leurs enfants et leurs petits-enfants. C’est une force imparable ! »
C’est cette force imparable que nous espérons faire vivre à travers le Sustainable Lens Game : la prise de conscience que le changement est à la fois nécessaire et possible, et que chacun d’entre nous a un rôle à jouer dans la construction d’un avenir plus durable et solidaire.
Je rends hommage à l’œuvre de toute une vie d’Yvon Poirier, à son amitié, ainsi qu’à la clarté et à l’encouragement qu’il apporte à tous ceux qui œuvrent pour construire des entreprises — et des sociétés — au service du bien commun.


